jeudi 10 mars 2016

Sauver le pont suspendu de Valence ?

Ils n'avaient déjà pas obtenu la transformation du pont suspendu, et lorsque le projet de construction d'un pont en maçonnerie est retenu,  les habitants de Valence et des Granges vont tenter d'obtenir  le maintien du pont Seguin.




 
Le 11 octobre 1884 les droits de péage du pont suspendu sont rachetés et la route reclassée en route nationale. Le pont est ouvert à la libre circulation le 1er février 1885.
Or, le pont Seguin ne permettait pas le passage de charges supérieures à 7000 kg, pour une voiture à deux roues, et 10000 kg pour une voiture à quatre roues. Ainsi, en avril 1858, la Ville d'Avignon déplore que les propriétaires du pont s'opposent au passage des blocs originaires des carrières de Crussol et qui doivent servir de socle à la statue du Brave Crillon, et dont l'inauguration est programmée pour le 3 mai suivant. 


Statue du Brave Crillon - de Louis Veray -  place de l'Horloge vers 1887  - qui a bien été inaugurée le 3 mai 1858 - sur le site http://saint.memoire.free.fr/Chabrier
Mais pour la petite histoire, je n'ai pas trouvé comment le socle est parvenu à Avignon.

Dès 1891 le service des Ponts et Chaussées de la Drôme présente un rapport pour la transformation du pont suspendu en pont rigide, comme cela a déjà été effectué, sur celui d'Avignon par exemple. Un projet soumis par Monsieur Arnodin, évalué à 250 000 francs devrait permettre le passage de plus lourdes charges et celui des tramways à traction de chevaux de la ligne Valence – Saint Peray. Ce projet sera approuvé par la Ville de Valence qui devrait participer à hauteur de 50000 francs, comme le département de l'Ardèche ; et par le Conseil Général de la Drôme qui lui serait impliqué à hauteur de 100 000 francs. D'une délibération l'autre, entre les instances le projet reste étudié pendant plusieurs années, alors que dès 1895 le Ministère étudie en parallèle un projet de construction d'un nouveau pont
C'est ce dernier projet qui aboutira au choix, en 1900, d'un pont en maçonnerie, qui sera construit à moins de 30 mètres du pont suspendu.

L'une des photographies exposées au Musée de Valence montre les deux ponts côte à côte, on voit bien qu'ils sont très proches. 
 
Une pétition signée par les habitants de Valence, et notamment ceux de la Basse Ville, est présentée au Conseil Général de la Drôme en août 1903, puis au Ministère en avril 1904. Elle demande le maintien du pont Seguin comme passerelle. L'État se désengage des coûts des dépenses liées au travaux de réparation, des frais de gardiennage et d'entretien et maintient la décision du 4 mars 1904 de détruire le pont suspendu.
Le Conseil Général de la Drôme renouvelle sa demande de maintien en août 1905, et Maurice Faure (*) proteste énergiquement contre « le parti-pris de l'Administration supérieure qui refuse avec persistance de donner satisfaction à la demande des habitants des Granges et des Valentinois qui réclament, à bon droit, le maintien comme passerelle du pont suspendu de Valence. L'Administration supérieure, on peut l'affirmer, a compliqué systématiquement la question, pour justifier sa résistance".  Il cite l'exemple de la passerelle provisoire construite à l'occasion de l'exposition universelle de 1900 que les riverains ont réussi à conserver, malgré la volonté de l'Administration de la faire disparaître.
Le 24 août 1906, Maurice Faure demande au Conseil Général d'insister pour qu'au moins l'arc central du pont suspendu soit conservé au titre de monument historique. Le syndicat d'initiative de Lyon s'associe à cette demande en 1907. 

la pile telle qu'elle est représentée sous le pont Mistral par le collectif  7eSens - voir ICI


Mais rien n'y fait, le Ministère tranche le 8 juin 1907 pour la démolition du pont suspendu qui sera achevée en 1911 par l'enlèvement de la pile.



Sources :  
Archives Départementales de la Drôme – 3S39/507 et 3S40/510 et 2458W1, projet de démolition du pont suspendu.
(*) 

Maurice-Louis Faure, né à Saillans (Drôme) le 7 janvier 1850 et mort dans la même ville le 8 décembre 1919, est un homme politique français. Député radical-socialiste de la Drôme de 1885 à 1902, puis sénateur de la Drôme de 1902 à 1919, il fut président du Parti radical de 1903 à 1904. Il fut Ministre de l'Instruction publique et des beaux-arts du 3 novembre 1910 au 2 mars 1911 dans le gouvernement Aristide Briand. 

2 commentaires:

Tilia a dit…

Déjà à cette époque le gouvernement ne tenait pas compte de l'avis des administrés. Et ça n'a malheureusement pas changé depuis :-((
Maintenant que le trafic fluvial se fait côté Villeneuve, je pense que si le changement de bras s'était fait plutôt, à Avignon il aurait été possible de conserver le pont suspendu. Mais l'administration aurait sans doute refusé d'en assumer les frais d'entretien et finalement, le pont d'Avignon aurait fini comme son frère de Valence. Dommage !

Pour ce qui est du pont suspendu d'Avignon, je ne vois pas ce que tu veux dire par "Dès 1891 le service des Ponts et Chaussées de la Drôme présente un rapport pour la transformation du pont suspendu en pont rigide, comme cela a déjà été effectué, sur celui d'Avignon". Le pont Daladier, qui a succédé au pont suspendu, ne date pas de la même époque, le projet initial de sa construction n'a été établi qu'en 1954...

Quoi qu'il en soit, merci pour cette intéressante documentation, texte et photographies, et pour la nostalgie !

Françoise Dumon a dit…

J'ai lu que le pont suspendu d'Avignon devait être transformé, et non remplacé. L'a-t-il été ? Je n'ai pas vérifié, je le ferai dès que possible.